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Ils cherchent un emploi
Un éco-village au Sénégal mise sur le tourisme responsable
INTERVIEW. Rencontre avec Benjamin Bonnell, fondateur du projet Hotaï, un audacieux projet qui a pour but de financer,
construire, gérer et commercialiser un éco village
solidaire, atypique et innovant s'adressant aux
voyageurs respectueux de l'environnement ayant la volonté de
préserver et améliorer la communauté locale à
travers l'échange de savoir-faire.
Journal du Tourisme Durable : Pouvez-vous nous expliquer comment est né le projet Hotaï ?
Benjamin Bonnell : Il y a dix ans avec trois potes, on est parti au Sénégal. Où nous étions, les enfants n’avaient pas d’école. Nous avons donc décidé d’en construire une. Grâce à plusieurs opérations de soirées, tombolas, ventes de pâtisseries et des subventions nous avons réussi à acheter un terrain de trois hectares. Un hectare était réservé à l’éducation et les deux hectares restant à l’agriculture. Nous pensions pouvoir continuer de récolter des fonds grâce à une production locale. Malheureusement, nous n’avions aucunes connaissances sérieuses dans ce domaine et l’opération ne s’est pas révélée viable.
Journal du Tourisme Durable : Et du coup... ?
Nous avons donc continué de financer ce projet par des subventions et diverses opérations pendant quelques années. L’école a été une réussite, les enfants ont pu y apprendre à lire et à écrire et bénéficier d’un lieu de vie. Au bout de dix ans, nous avons voulu changer de méthode, nous n’avions plus l’énergie pour continuer de financer ce projet par l’événementiel. Nous avons alors pensé à construire un hôtel dont les bénéfices iraient au financement de l’école. Lors de mes études à Miami, j’ai rencontré Racine Ba un sénégalais vivant depuis à Dakar avec lequel nous avons commencé à mettre en place ce nouveau projet.
Journal du Tourisme Durable : Et quelle était l'idée de départ ?
Nous voulions construire quelque chose de facile, pas cher, avec des matériaux locaux, avec un savoir faire local et qui puisse s’intégrer complètement dans le paysage. Nous sommes ensuite allés voir Matali Crasset, une designeuse de renom pour travailler avec elle. Sur l’emplacement choisi pour l’hôtel, à Joal-Fadiouth, il n’y pas de main d’œuvre. Notre idée était donc de construire à partir de conteneurs maritimes à Dakar pour ensuite acheminer par transport jusqu’à cette région. Matalie Crasset a largement contribué à transformer ces conteneurs en espaces habitables, confortables et agréables. Au niveau de la disposition, le village est composé de bungalows avec vingt cinq chambres en tout et une zone commune.
Journal du Tourisme Durable : Vous êtes vous inspiré d’exemple à l’étranger tels les logements étudiants en Hollande également faits à partir de conteneurs ?
Benjamin Bonnell : Les exemples existant sont en général plus destinés à être des logements. Parfois des hôtels mais ce n’était de cette façon que nous projetions de construire notre éco village. L’idée nous est venue de là mais nous n’avons pas voulu nous orienter vers les structures déjà existantes.
Journal du Tourisme Durable : Concrètement, quel est le statut de Hotaï Village ?
Benjamin Bonnell : Il s’agit d’une SARL. Nous ne voulions pas repartir en tant qu’association humanitaire pour ce projet. En effet après dix ans d’humanitaire, on s’est rendu compte que c’était contre productif et qu’une entreprise dans le sens organisationnelle est plus efficace pour pouvoir aider la communauté. En effet une association humanitaire peut être très utile mais peut créer une sorte d’accoutumance. Les projets sont vus comme des mannes car de l’argent est versé pour les financer mais dès qu’on passe dans le concret, la réalisation, l’intérêt diminue très vite. Enfin une entreprise correspond mieux à notre vision du monde actuelle et à notre façon de travailler. Finalement, les petits projets humanitaires sont bien pour l’urgence mais pour le développement, c’est hérésie.
Journal du Tourisme Durable : Comment avez-vous réussi à vous financer ?
Benjamin Bonnell : Nous avons à trouver deux ou trois gros investisseurs issus notamment du monde de l’hôtellerie et nous avons mis en place un système de financement participatif. Nous recherchons 50 personnes participant au projet à une hauteur de 2 000 euros. En participant, ces personnes deviennent ambassadeurs du projet et auront droit à une semaine par an pendant cinq ans dans l’hôtel. Ils deviennent aussi investisseurs ce qui leur assure un dividende sur les bénéfices de l’hôtel. Actuellement nous avons 25 ambassadeurs. Enfin nous avons fait un prêt pour compléter et pouvoir lancer la réalisation. La construction sera donc commencer en octobre et se terminera six mois après.
Benjamin Bonnell : Notre projet a aussi une dimension économique. Nous avons placé des panneaux solaires sur l’hôtel. Ceux-ci permettent d’une part de fournir son électricité à l’hôtel et également à une partie de la population en stockant le surplus d’énergie dans des batteries.

Journal du Tourisme Durable : Au départ le projet Hotaï avait donc pour but de financer une école, qu’en est-il maintenant ?
Benjamin Bonnell : Là bas, il faut très vite se rapprocher des politiques. Nous avons rencontrés à peu près tous les ministres dont le ministre de l’éducation à la suite de quoi l’école a été prise sous tutelle par l’état. Notre but étant d’avoir un rôle social, nous nous sommes donc orientés vers de nouveaux objectifs. Nous avons alors décidés de travailler avec l’Aire Marine Protégée de Joal. Il s’agit d’un organe de gouvernance rassemblant énormément d’acteurs différents et chargé de veiller à la préservation d’une zone marine. Ceux-ci ont accepté de nous laisser nous implanter sur l’aire protégée en échange de quoi nous les aidions à se financer.
ournal du Tourisme Durable : Un joli rapporchement stratégique visiblement alors...
Absolument. Ce qui est intéressant pour nous, c’est que nous allons avoir un siège au sein de cet organisme, ce qui nous permettra de travailler en coopération avec lui et de proposer aux touristes des activités d’intégration dans la vie de la communauté. Par exemple les touristes pourront travailler avec l’UICN pour les aider dans leur programme de préservation de biodiversité ou avec d’autres associations pour par exemples aider à replanter la mangrove ou à la protection des tortues.
Journal du Tourisme Durable: Vous proposez une forme de tourisme alternative en quelque sorte ?
Benjamin Bonnell : L’idée est que les touristes qui viennent pour une durée de quelques mois puissent s’investir avec les équipes locales. Qu’ils soient ingénieurs agronomes, vétérinaires, médecins, ils pourront s’ils le souhaitent s’investir durant leur séjour auprès des projets locaux. L’UICN par exemple est toujours à la recherche de paire de bras et de matière grise.
Journal du Tourisme Durable : Dans l’optique de travailler avec une communauté, comment seront constituées vos équipes ?
Benjamin Bonnell : Nous sommes actuellement cinq personnes à nous occupés du projet. Il s’agit des membres historiques de l’équipe mais l’objectif est de pouvoir employer trente personnes et principalement de la main d’œuvre locale.
Journal du Tourisme Durable : Quels sont vos partenaires sur place ?
Benjamin Bonnell : Nous mettons en place des partenariats avec de nombreux organismes. Pour l’instant nous avons donc une association de défense des tortues, l’UICN, WWF, Océanium, une association de protection de la mangrove… Voilà pour le volet écologique. Sur le social, il y a l’hôpital et l’école que nous allons cofinancer avec le gouvernement.

Journal du Tourisme Durable : Et quels seront vos tarifs ?
Benjamin Bonnell : Pas trop cher, on veut que ça reste accessible au plus de monde possible. Nous proposons des tarifs à 500 euros la semaine.
Journal du Tourisme Durable : Quels sont vos canaux de distribution ?
Benjamin Bonnell : Nous avons des agences généralistes et des agences spécialisées. Il est également possible de passer des réservations via notre site.
Benjamin Bonnell,
fondateur du projet
contact@hotaivillage.com
Site Internet: www.hotaivillage.com/
