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Mercredi 2 avril 2014

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Victoria Edwards: le tourisme rural en Grande-Bretagne bénéficie de la crise !



Victoria Edwards: le tourisme rural en Grande-Bretagne bénéficie de la crise ! Professeur à l’Université de Reading au Royaume-Unis, spécialisée en développement durable et en écotourisme, Dr Victoria Edwards dirige le Master « Rural Land & Business Management ». Outre Manche, en 2009, les Britanniques ont dépensé 3,2 milliards de Livres Sterling en voyageant en milieu rural. Soit plus de 19 millions de séjours ! Et la tendance s’amplifie… Rencontre sur place.

Journal du Tourisme Durable : Quelle est aujourd’hui la stratégie nationale pour le tourisme en Grande-Bretagne ? 

Victoria Edwards : La stratégie nationale est d’encourager les touristes britanniques à rester au Royaume-Uni pour leurs vacances et à rallonger la durée de leurs séjours, car ils ont tendance à partir peu de jours à chaque fois.

 L’autre objectif, en lien avec le premier, est d’inciter les touristes nationaux à dépenser  plus. Dans cette optique la stratégie touristique se superpose à d’autres stratégies mises en place par le gouvernement.  Par exemple, ce dernier a décidé de redynamiser  les fameuses « high streets » (rues commerçantes) symboles emblématiques du shopping made in Albion. Mary Portas a rendu un rapport au gouvernement britannique avec des recommandations  en ce sens, car la situation devient difficile pour les petits commerces, surtout en milieu rural. D’autant plus que les subventions fournies par le gouvernement pour aider certaines petites villes à promouvoir leurs rues commerçantes sont dérisoires.

Journal du Tourisme Durable : Quelles sont les forces et faiblesses du tourisme rural en Angleterre ?

V.E : Ce que le gouvernement a essayé de faire depuis plusieurs années c’est de garder la singularité et l’originalité des différentes destinations britanniques. Ces identités marquées sont des atouts qui forgent toutes les politiques de marketing territorial.

 La topographie de la campagne anglaise est moins diversifiée qu’en France, et les lieux culturels moins nombreux également, ce qui oblige les professionnels du tourisme  à être imaginatifs, et à proposer des attractions comme le Eden Project en Cornouailles, qui invite les visiteurs à s’immerger dans de fabuleux jardins.

Le fort développement du cyclisme en Grande-Bretagne récemment, pourrait donner un nouveau souffle au tourisme rural.  En partie grâce à la victoire de Bradley Wiggins au Tour de France, il y a un réel engouement pour le cyclisme, comme pour toutes les activités physiques d’extérieur d’ailleurs. Le mot sport est un mot d’origine anglaise ne l’oublions pas, et il semblerait que nos compatriotes ressentent de nouveau la nécessité de pratiquer des activités sportives pour se maintenir en forme. Les anglais, comme les autres européens, ont été durement touchés par la crise économique, qui a réduit leur pouvoir d’achat. Ils se recentrent donc  plus sur leur bien-être, tout en favorisant des loisirs plus économes. Le cyclisme, et les activités sportives en général,  comme alternative au shopping effréné ? L’avenir nous le dira. Ce désir d’activités physiques d’extérieur oblige  les citadins à se mettre au vert à la campagne ce qui est  forcément bénéfique pour le tourisme rural.


Cela pourrait pénaliser à long terme le tourisme rural est la spéculation qui touche la terre en Grande-Bretagne. Les propriétés agricoles ne cessent de se valoriser, car elles sont très rentables, en partie grâce aux subventions de la Politique Agricole Commune. De plus, les investisseurs cherchent des placements surs et la terre est toujours recherchée au Royaume-Uni en période de crise économique et financière. Quitte à la payer à un prix supérieur à sa valeur réelle.

Cette valorisation  des propriétés entraine une augmentation du prix de l’hébergement, ce qui se heurte au pouvoir d’achat réduit des ménages. Face à ce renchérissement des prix, la qualité des services doit être améliorée pour les justifier et  pour s’aligner sur celle qui prévaut  dans des destinations comme la France. De plus le taux de la livre sterling rend le prix des séjours plus élevé pour les touristes internationaux. Enfin, le Royaume-Uni étant en dehors de l’espace Schengen, un séjour en son sein peut être compliqué pour les touristes de certaines nationalités, qui peinent à obtenir un visa.

Journal du Tourisme Durable : Comment améliorer l’offre de tourisme en milieu rural en Angleterre ?

V.E : En fait, l’industrie du tourisme rural se porte plutôt bien en comparaison avec d’autres secteurs de l’économie. Les britanniques ont tendance à rester en Grande-Bretagne plutôt que de voyager à l’étranger à cause de la crise économique. En revanche il faut les inciter à partir pour de plus longues périodes. Aujourd’hui les touristes privilégient les courts séjours de 3 à 4 jours.   Il y a donc  un effort à faire pour multiplier les activités, les pôles d’attractivité.

Le réseau de transport doit être également amélioré. Il faut ainsi faciliter les transports des vélos dans les trains. Favoriser aussi la création de pistes cyclables, et les relier les unes aux autres pour créer de véritables parcours d’exploration de régions entières.

La présence  des différents acteurs du tourisme sur internet est cruciale, pour qu’ils assurent leur promotion auprès du public national comme international. Il faut donc intensifier l’implantation du haut-débit dans les zones rurales.

La campagne britannique est réputée dans le monde entier pour la beauté de ses paysages, à nous de faire en sorte qu’elle devienne une destination qui sache conjuguer attractivité et durabilité.

v.m.edwards@reading.ac.uk

Site Internet: www.defra.gov.uk/statistics/files/Tourism-Feature-Report-Dec11-Update.pdf