Évaluer, réduire et compenser ses émissions de CO2

lundi 27 novembre 2017
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Évaluer, réduire et compenser ses émissions de CO2
Universités du Tourisme Durable 2017, le compte rendu de l'atelier n°4

Sujet complexe et pourtant au cœur de l'actualité, l'enjeu des émissions carbones et de sa compensation fait débat et mérite plus que jamais d'être vulgarisé. En visant la neutralité carbone d'ici 2050, l'objectif national est (assez?) ambitieux. Les témoignages ci-dessous permettent de comprendre le contexte international, la responsabilité de l'industrie touristique en matière d'émissions de CO2 mais aussi les solutions à mettre en oeuvre pour évaluer, réduire et compenser. 

Animé par Béatrice Héraud, Rédactrice en chef du pôle RSE et focus thématique chez NOVETHIC

Avec les interventions de :

  • Jérôme BEILIN, Directeur du développement chez EcoAct

  • Jonathan GUYOT, Chargé de solidarité climatique au sein du GERES

  • Pascal FILLON, Responsable Environnement chez AccorHotels

Introduction du sujet par l’animatrice

Bienvenue dans cette conférence on va parler d’évaluer, réduire et compenser ses émissions de CO. Je suis Béatrice Hérault, journaliste pour Novethic qui est un média sur l’économie responsable et un centre de recherche sur la mission responsable. Pour commencer, je voulais vous proposer quelques chiffres sur le tourisme et le changement climatique. D’abord, rappeler que le tourisme, comme tous secteur économique, contribue au changement climatique. On est estime aujourd’hui que le tourisme contribue à environ 5% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, dont 75% liées au transport, puis liées au logement. Ces émissions vont augmenter puisqu’on prévoit un triplement des flux aériens, en grande partie liée au tourisme, à l’horizon 2050. Inversement, le tourisme est affecté par le changement climatique, on l’a vu très récemment avec l’ouragan Irma qui a dévasté les Îles de St Martin et St Barthélémy. Au-delà de ces phénomènes extrêmes mais ponctuels, il y a aussi la dégradation des côtés, la fonte des neiges et des glaces, la déforestation et d’ici quelques années, il est possible que des destinations phares comme les Maldives, le Machu Pichhu, la barrière de corail…deviennent inaccessibles. Je ne voudrais pas vous dresser un tableau trop noir car des actions sont mises en place, c’est d’ailleurs pour cela que vous êtes là aujourd’hui. Nous allons voir avec les intervenants, des entreprises qui mettent en place des politiques de réduction des émissions ou des événements très porteurs au niveau touristique comme les JO2024.

 

« Le secteur du tourisme n’est pas le plus au point sur les enjeux du changement climatique et du carbone » Jérôme Beilin

Je vais commencer par une petite anecdote : au mois de juillet, on m’a demandé d’intervenir lors d’un congrès d’agents de voyage pour aborder la question du tourisme durable.  J’ai commencé par poser la question « Combien de personnes savent que 2017 est l’année du tourisme responsable ? », trois mains se sont levées. Tout ça pour dire que le secteur du tourisme n’est pas le plus au point sur les enjeux du changement climatique et du carbone. Mais je pense que les choses bougent rapidement avec des facteurs qui renforcent la dynamique et la prise de conscience comme la COP21 et l’accord de Paris. Ensuite, il y a le domaine de l’aérien où un marché de compensation carbone va être mis en place à partir de 2020, décidé par l’organisation internationale de l’aviation civile. Quasiment tous les pays du monde vont devoir s’engager à compenser les émissions liées à la croissance du trafic international et cela va forcer les acteurs du secteur à se bouger. Le troisième élément c’est la demande des clients, de plus en plus sensibilisés.

C’est vrai qu’on entend de plus en plus parler de compensation carbone mais très peu de gens savent concrètement comme cela fonctionne. Un certain nombre de facteurs font qu’aujourd’hui le sujet devient incontournable :

  • En 2014 par exemple, le NUE (les Nations Unies pour l’Environnement) a annoncé que le monde devait viser la neutralité carbone à horizon 2050.

  • Des coalitions d’entreprise appellent au « zéro émission »

  • Le forum économique mondial de Davos a identifié le changement climatique comme étant l’un des premiers risques mondiaux, avant le terrorisme

  • L’accord de Paris a donné une nouvelle légitimité au mécanisme de compensation carbone comme un outil indispensable pour rester sous la trajectoire des 2°

  • À Marrakech, lors de la COP22, une nouvelle plateforme s’est créée avec des entreprises, des régions, des gouvernements, des grandes villes autour de la neutralité carbone

  • En France, le plan climat présenté par Nicolas Hulot appelle aussi à la neutralité carbone

Sur le marché de la compensation carbone, il y a le marché volontaire et le marché réglementaire. Ce sont deux démarches différentes puisque dans le premier cas les entreprises choisissent de réduire leur empreinte carbone. Sur le marché réglementaire, les entreprises sous soumises à un quota d’émission et si elles sont au-dessus, elles vont acheter des crédits carbones. Concrètement comment ça marche ? L’entreprise va réaliser son bilan carbone et prévoir un plan de réduction. Ce sont ensuite les émissions non compressives que l’on va chercher à compenser en achetant des crédits carbones. Si j’ai 1000 tonnes de CO2, je vais acheter 1000 crédits carbones. La démarche de compensation n’intervient qu’à la fin. Pour vous donner quelques entreprises neutres en carbone, Microsoft est un pionnier, puis La Poste. Côté tourisme, de plus en plus de chaînes hôtelières s’engagent mais aussi des événements sportifs comme les JO, la Coupe du Monde ou l’Euro.

Aujourd’hui quand on fait un plan carbone on le fait toujours avec un plan d’actions de réduction que l’on va hiérarchiser en fonction du coût de l’investissement, du retour sur investissement, sa durée, sa facilité de mise en œuvre. Pour valoriser ensuite sa démarche de compensation carbone, vous pouvez par exemple au sein d’une chaîne d’hôtels installer des compteurs avec le nombre d’arbres plantés.

 

« Il faut remettre de l’humain au crédit carbone » Jonathan Guyot

Au sein du GERES, association de solidarité et de développement international, nous travaillons avec certains Tour-opérateurs très engagés, au cœur de leur ADN, qui ont très vite compris l’intérêt d’intégrer ça dans leurs offres ou leur stock d’activité. Je rejoins aussi Jérôme sur le fait que certains types de tourisme, all inclusif par exemple, accordent peu d’importance aux questions carbone mais certains prennent aussi conscience que c’est un levier pour améliorer le business. Un hôtel peut intégrer cette notion climatique et en faire un levier de performance interne, puis y associer le client en lui proposant de nouveaux produits écoresponsables ; au final c’est une porte ouverte aux opportunités. Je pense qu’il y a une grosse frilosité sur le terme de compensation carbone, c’est un marché qui a été très difficile mais ça commence à évoluer car aujourd’hui on y associe autre chose que du carbone. On voit ainsi des particuliers compenser leur trajet en avion et les tours opérateurs se disent que le client est peut-être plus apte à prendre part au sujet.

Je vous propose de retenir le site Info-compensation-carbone.com qui explique très bien la démarche. Mais avant de compenser, il fait surtout réduire. Dans le transport, c’est surtout l’avion qui dégage la plus grosse émission en CO2, il faut donc éviter à tout prix les escales. Le problème c’est que les compagnies aériennes ne donnent par leur véritable impact climatique car elles utilisent une autre formule de calcul que la nôtre.

Ce qui important aussi c’est le projet derrière la compensation. Les entreprises ne cherchent pas seulement à compenser mais aussi à participer et soutenir un projet, sensibiliser leurs clients au changement climatique. Il faut donner du sens à la démarche et ré associer de l’humain à ce crédit carbone. Chez les tour-opérateurs, certains prennent en charge la totalité de la compensation, d’autres vont faire 50/50 avec les clients pour les impliquer. 

 

« On a intégré la compensation carbone directement dans notre chaîne de valeur » Pascal Fillon

Au sein d’Accor, ce n’était pas vraiment un choix mais une nécessité. D’abord parce que c’est un enjeu environnemental majeur face auquel on doit être responsable, mais aussi parce que des exigences réglementaires vont arriver suite à la COP21 pour rester sous la barre des 2°C. Pour nous concrètement, ce n’est pas possible de produire à la louche car on doit réduire de 90% nos émissions de carbone d’ici 2050, c’est énorme ! On ne doit pas juste évoluer mais vraiment agir et agir tout de suite. Et quand je dis on n’a pas le choix, c’est aussi parce que c’est une demande : le mois dernier, Apple nous demandait dans un appel d’offre « quelles sont les émissions carbones de vos hôtels ? » comme critère de choix. Aujourd’hui chacun a des comptes à rendre et souhaite aussi communiquer dessus. Pour toutes ces raisons, on doit le faire, et nos clients le demandent de plus en plus.

Accor c’est 4000 hôtels dans le monde donc on a commencé par mesurer notre impact environnemental, pas seulement sur le CO2 mais aussi l’eau, la biodiversité…Cela nous a permis d’identifier nos axes de progrès prioritaires : l’énergie et l’alimentaire. D’abord sur la consommation d’énergie, on a mis en place un plan d’actions avec un monotoring très précis pour mesurer les économies. On travaille aussi sur la construction avec une certification bas carbone, une charte de 76 actions à appliquer sur tous les hôtels. On tient aussi à l’identification de nouvelles solutions, d’aujourd’hui et de demain. Nous sommes par exemple partenaire de l’Energy Observer, un bateau qui va faire le tour du monde pour identifier les innovations en matière d’énergie.

Dans notre axe de départ, on a intégré la compensation carbone directement à notre chaîne de valeur pour que ce ne soit pas quelque chose à part, c’est ce qu’on appelle l’insetting. Par exemple, quand on laisse le choix au client de pas laver ses serviettes, 50% des économies réalisées restent dans l’hôtel 50% sont données à des programmes d’agroforesterie situés dans le même pays que l’hôtel, tout ce qui va pousser dans ces fermes vont se retrouver dans les assiettes de l’hôtel. Cela permet d’avoir une boucle fermée et présente deux intérêts majeurs :

  • En termes de dynamique de l’hôtel car c’est un projet concret, visible et certains organisent de visites dans ces fermes et du programme d’agroforesterie
  • C’est un vrai levier de communiquer compréhensible pour le client

Il y a l’identification, le contrôle mais le problème qu’on a c’est qu’on ne peut pas le mesurer en termes de crédit carbone. 

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