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Mercredi 2 avril 2014

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Ghislain Dubois: Réveillons nous, le transport aérien est une bombe à retardement climatique !



Ghislain Dubois: Réveillons nous, le transport aérien est une bombe à retardement climatique !TRIBUNE LIBRE. « Vacances j’oublie tout /Plus rien à faire du tout / J’m’envoie en l’air, ça c’est super… », chantait le groupe Elégance en 1982… Et bien non, ce n’est pas (toujours) super, et nous sommes même peut-être les derniers à pouvoir le faire autant !

Le transport aérien est en effet un gros contributeur aux émissions de gaz à effet de serre (GES), avec un tourisme qui représente déjà autour de 5% des émissions mondiales et un  doublement attendu dans les trente ans à venir. Ceci quand les scientifiques du GIEC nous disent ces jours-ci à Doha que pour maintenir le réchauffement dans des limites raisonnables, il faudrait réduire les émissions mondiales de…60 à 80% d’ici à 2050. Il y a donc une incompatibilité fondamentale entre cet objectif et le développement incontrôlé  de l’aérien. D’autant plus que nous n’en sommes qu’au début de la démocratisation de l’avion : 5% des Français – les grands voyageurs – contribuent pour 50% aux émissions du tourisme ; au niveau mondial, les quelques pourcents qui prennent l’avion représentent plus de 40% des émissions.

La technologie ne nous sauvera pas : l’efficacité énergétique des avions atteint un palier, un Paris-New York consommerait des centaines d’hectares de production agricole en biocarburant, l’avion à hydrogène reste de la science fiction. Le seul levier restant réside dans une action vigoureuse sur la demande : limitation des capacités des aéroports, taxation, interdiction de certaines liaisons court et moyen courrier concurrençant le transport terrestre, « budgets carbone vacances » limités. Si nous voulons sauver le climat, l’avenir est celui d’un transport aérien rare, optimisé, avec des pratiques marquées par le « moins souvent, moins loin, plus longtemps ». En bref faire du tourisme, mais avec moins de transport, plus d’équité et plus de raison. Sortir de l’hyper-mobilité pour aller vers le « tourisme lent », et surtout, surtout, ralentir nos mentalités.

Le transport aérien est une bombe à retardement climatique. Il crée de faux espoirs de développement, des irréversibilités et prépare des lendemains qui déchantent. L’aérien crée une demande qui n’existait pas (c’est particulièrement le cas des compagnies low cost), et entraîne de territoires et des pays entiers dans des modes de développement extrêmement intensifs en carbone et donc fondamentalement non durables. L’organisation mondiale du tourisme, le PNUE et l’OMM n’ont-ils pas déclaré ensemble, en 2007, dans la déclaration de Davos, que « Le changement climatique est le principal défi pour un développement durable du tourisme ? »

Et pourtant… Pour l’avoir crié sur quelques toits, je suis toujours surpris des réactions que suscite l’évocation de ce constat -partagé par la plupart des scientifiques- que nous avons un problème avec les impacts du transport aérien sur le changement climatique. Entre incompréhension, déni et défaitisme, au-delà d’une sensibilisation de façade, l’inaction et la schizophrénie perdurent. Les tours opérateurs « responsables » continuent à envoyer des clients à l’autre bout du monde pour une semaine. La stratégie touristique à 2020 de la France s’appuie sur les BRIC, marchés lointains s’il en est. Les chambres de commerce se battent à coup de subvention déguisées pour attirer les compagnies low cost… Epargné par les conférences internationales, confié aux bons soins de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) qui n’en fait rien, le transport aérien, continue à être exonéré de taxes de tous ordres (TVA, taxe sur les produis pétroliers, taxe carbone)…. Dans une démonstration éclatante de lobbying, le secteur se présente même comme une victime et nous facture comme des taxes ce qui ne constitue que des redevances (d’aéroport, d’aiguilleurs du ciel). Comme si la SNCF nous détaillait sur ses billets le coût des gares, des passages à niveau, ou nous imposait une « surcharge électricité » pour faire avancer le train ! Même la contestation autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes reste plus dominée par des considérations locales que par ce constat global.

 

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Parmi les réactions entendues : « Réglementer le transport aérien limiterait le développement des pays pauvres » peut-être, mais 90% des avions circulent entre pays riches, et d’ailleurs est-on si certain qu’il n’y ait pas d’alternatives plus profitables ? « Un avion ne pollue pas plus qu’une Prius au kilomètre »… à condition que cette Prius n’ait qu’un passager, que l’on ne compte que le CO2 et pas les autres effets, et on oubliant que cet avion nous amène à des milliers de kilomètres contre quelques centaines de kilomètres pour l’automobile.  « On ne pourra pas empêcher les gens de voyager » on ne pourra donc pas sauver le climat ? « Le tourisme rapporte tellement qu’il mérite d’avoir la dernière goutte de pétrole » Faux ! C’est même une des plus mauvaises manières de rentabiliser une tonne de CO2 sur le plan des revenus ou de l’emploi. Ne nous y trompons pas, derrière les discours et les chiffres se cache une volonté de reconstruire la réalité, avec parfois une certaine violence.

Certes, la contradiction fait partie de la vie, et l’on ne peut pas demander au pays de l’Airbus (mais aussi du TGV…) de prendre la tête d’une croisade anti-aérienne. Plus fondamentalement, il est évidemment difficile de « renoncer à découvrir le monde » quand tout nous y incite. L’échange, la rencontre entre les peuples sont des valeurs positives, et il n’est pas question de se replier sur soi-même.

Mais des solutions existent ! Commencer par mettre en mouvement tous les acteurs du tourisme, du consommateur à l’hôtelier, en passant par les gouvernements, les destinations, les transporteurs. Ecouter, mobiliser les futurs gagnants (destinations proches, transports en commun) et accompagner les perdants dans la transition. Renverser notre perspective sur le marketing : 80% des clientèles de Paris seront situées à moins de trois heures de TGV en 2020, retenir un Français en France peut rapporter autant et coûte beaucoup moins cher qu’attirer un Chinois. Quelles opportunités ! Questionner le sens du voyage, passer d’une mobilité subie (la fuite d’un cadre de vie peu convivial) à une mobilité choisie, rêvée, planifiée. Un très grand et très long voyage tous les dix ans, anticipé, négocié avec notre employeur (vive le compte épargne temps) est-il vraiment une perspective si sombre ? Faire du carbone et de l’éco-efficacité un critère de choix, optimiser le transport. Avec des mesures simples et parois étonnantes : taxer les sièges vides dans les avions, ou même les offrir, pour qu’au moins on ne brûle pas du carburant pour rien.

On le voit, la lutte contre le changement climatique propose une révolution (ou plutôt une « vélorution »…) aux acteurs du tourisme durable. Mais avant de nous indigner, commençons d’abord par nous réveiller !


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